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28.04.2007

Marc Mayor: «Il y a 160 millions de personnes aujourd’hui sur MySpace à travers le monde»

Impossible de ne jamais avoir entendu parler de MySpace. Sauf à ne lire aucun journal et à ne posséder ni télé, ni radio, ni connexion internet. En quatre ans, ce désormais gigantesque portail est devenu incontournable sur la toile, entrant dans le top 5 des sites les plus visités au monde, toutes langues confondues. Reste malgré tout pour beaucoup une question: de quoi s'agit-il au juste? Pour faire simple, MySpace est un service gratuit qui permet de créer un espace personnalisé sur la toile. Les utilisateurs, environ 110 millions aujourd'hui, mettent en ligne des informations personnelles, des photos, des vidéo, de la musique. Toutes ces données constituent un profil, une sorte de moi numérique accessible librement à tous les internautes ou uniquement à un cercle d'invités, et sont regroupées au sein d'une même page. Chaque utilisateur possède une liste d'amis qui disposent eux-aussi d'un espace personnalisé sur MySpace. Ainsi se tissent des millions de liens virtuels. Entretien avec Marc Mayor, directeur général de MySpace France, réalisé par Jérémy Bernède, journaliste à Midi Libre.
N. B.

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Comment expliquez-vous le succès foudroyant que rencontre votre site communautaire depuis sa mise en service en France (groupes et artistes référencés, et 1,75 million de visiteurs en février)?
C’est en réalité un phénomène mondial: il y a 160 millions de personnes qui sont aujourd’hui sur MySpace à travers le monde et c’est le site n°1 toutes catégories confondues aux Etats-Unis... Cela s’explique pour moi par deux faits. D’abord, nos fondateurs, Tom Anderson et Chris Dewolfe, ont compris que les internautes voulaient avoir un endroit sur le web où pouvoir tout faire. Un seul lieu où l’on pourrait mettre ses vidéos, écouter de la musique, écrire son journal, faire des forums, etc. Ensuite, le succès tient à l’esprit : celui de l’ouverture, de la découverte, de l’échange, de l’acceptation de l’autre, de l’innovation... Bref, un esprit très positif.

Il est intéressant de noter que ce "nouveau média" touche d’abord les jeunes...
C’est juste de dire que c’est un nouveau média. MySpace amène la culture sur internet et c’est une première. On avait jusque-là des sites d’informations, du commerce en ligne, de la banque en ligne... Mais la véritable culture, la création, de la musique à la mode, n’avait pas profité en plein d’Internet. Pour ce qui est des jeunes, disons que les premiers utilisateurs sont les gens créatifs attirés par la nouveauté, l’innovation. Les jeunes, évidemment, mais pas seulement, en France, on fait ainsi beaucoup de choses avec quelqu’un qui s’appelle Jean-Charles de Castelbajac et il doit avoir plus de cinquante ans!

On prétend que c’est grâce à MySpace que le groupe Artic Monkeys s’est fait connaître. En quoi, votre portail peut-il aider à l’émergence de nouveaux talents?
Une précision, d’abord: MySpace ne provoque pas cette émergence, ce sont les artistes qui ont le talent. On ne fait que leur mettre un réseau à disposition et on ouvre le spectre grâce auquel il n’est plus besoin d’être dans le top 40 pour avoir une existence médiatique. C’est la communauté qui décèle les talents. Si l’on constate qu’un groupe comptabilise 20 000 écoutes de ses morceaux sur sa page, c’est qu’il se passe quelque chose. Ça attire d’autres personnes de la communauté, mais aussi des gens de la télé, des maisons de disques, etc. Du coup, cela aide les labels : ainsi, ils peuvent avant de lancer un artiste, voir s’il possède un public potentiel.

Peut-on alors dire que MySpace bouleverse la donne médiatico-économique ou qu’il l’affine?
Bonne question, mais je n’ai pas la réponse! C’est clair que les choses évoluent, mais l’évolution est globale : la vente de musique en ligne y contribue, la "démocratisation" des contenus par tout-un-chacun également. Il y aura une transformation, mais jusqu’où ira-t-elle? C’est trop tôt pour le dire.

Chaque avancée technologique sur le Net est toujours présentée comme une "liberté" nouvelle. Or, MySpace a été racheté au prix fort par Ruppert Murdoch (580 millions de dollars US). Quid de la liberté?
Ça ne change absolument rien. Chris et Tom sont encore à la tête de l’entreprise. Ils sont très à cheval sur leur liberté et, je dirais, sur la nôtre également en tant qu’utilisateurs de MySpace. Ce rachat n’a donc pas beaucoup d’incidence. Après, c’est vrai que notre direction financière est différente, mais je ne suis pas sûr que cela intéresse énormément vos lecteurs.

Chaque personne sur MySpace est un profil, donc une cible commerciale extrêmement intéressante. Comment cela passe-t-il ? MySpace va-t-il finir en coupe réglée par la pub?
On n’est pas hypocrite, c’est la pub qui nous fait vivre. Mais on veut préserver l’éthique et l’esprit de MySpace qui sont ceux d’un club fraternel. Donc, d’abord, on ne met pas de la pub partout. Ensuite, on ne fait pas dans la pub "push" : pas d’écrans pleins, ni de pop-up, interdits chez nous. On incite plus les annonceurs à faire la même chose que la communauté MySpace: faire envie et susciter le désir chez les gens à aller vers leurs pubs. Il y a donc des profils dédiés aux marques, des "communautés dédiées", où certains équipementiers sportifs se sont associés les services de stars du ballon par exemple. Les annonceurs doivent donc eux aussi s’adapter à ce nouveau média, agir plus subtilement que le gros coup sur la tête!

Aucun risque que votre gigantesque fichier tombe dans les mains de l’un ou de l’autre?
Non. Un annonceur peut bien sûr cibler sa clientèle, mais on le fait pour lui. Disons qu’il dise, je veux que ça apparaisse chez les plus de 35 ans, ok, mais on ne lui livre pas les clés du bâtiment. Et puis, cela s’arrête à des critères généraux.

MySpace France est-il aujourd’hui rentable?
Euh, peut-être pas encore... Après notre démarrage en bêta en août, on s’est totalement lancé en début d’année, on a une régie publicitaire qui est en ce moment à pied d’œuvre... Bon, c’est clair que c’est un business qui a vocation à être très rentable!

Pour finir, voici une citation de Ruppert Murdoch: «Grâce à la technologie, le pouvoir est transféré de l’élite des médias, au grand public»...
J’adhère totalement à cette formule. D’ailleurs, s’il pouvait en être de même en politique, ça ne saurait pas forcément mauvais! Car je fais plus confiance aux gens qu’aux experts. MySpace est l’illustration que la population est précurseur: pour ne parler que de musique, ce sont les groupes défendus par les internautes sur MySpace, explosent aujourd’hui et seront les grands de demain.

Une deuxième citation: «Pour retrouver quelque chose de comparable, il faut retourner 500 ans en arrière avec la naissance de la presse écrite et des médias de masse.»
Houla! Je pense, encore une fois, que c’est trop tôt pour le dire. Deux ou trois ans après que Gutemberg a inventé ce que l’on sait, je ne suis pas sûr qu’on avait déjà conscience de que cela allait devenir!

Recueilli par Jérémy BERNÈDE
Photo: David CRESPIN

Commentaires

merci pour cet article fort intéressant sur la philosophie de My space

Ecrit par : ulysse | 30.04.2007

bonjour cher confrère
je cherche à joindre marc mayor, auriez vous son telephone ou son mail ?
Merci par avance
Olivier jay
redacteur en chef
L'usine nouvelle

Ecrit par : jay | 03.05.2007

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